Carnet de Séjour
Du 24 oct au 06 nov 2008, j'ai été invité par le RECAF avec le financement du PASILD/Union Européenne
pour animer deux rencontres : les Droits d'auteur et l'industrie musicale au tchad (voir le contenu en pdf). J'ai profité de mon séjour pour faire une petite et courte dignostic assortie de
quelques orientations/objectifs opérationnels, ainsi
que des conditions de développment du secteur culturel et artistique au Tchad.
Voici ma lecture de l'environnement et des composantes du secteur culturel et artistique de notre pays (N'djaména).
Le secteur culturel et artistique du Tchad reste très faiblement structuré et organisé. Plus que d'une absence totale de ressources et de capacités créatives, il souffrirait plutôt d'un manque de qualification de ses acteurs, d'un manque de confrontation d'expériences qui favoriseraient le tissage de relations avec l'extérieur.
Aussi, l'Institution tchadiènne connait toujours mal les artistes, n'écoute pas assez les opérateurs culturels. La “ré-fusion” du ministère de la culture avec celui de la jeunesse et des sports, est à nouveau un coup de massue pour les acteurs culturels et artistes, déjà ruinés par un scepticisme lié à de doutes sérieuses sur les compétences des agents du dit ministère, ainsi que la volonté réelle des autorités à apporter les moyens pour le développement du secteur.
En outre la position de l'artistes dans la société n'est pas valorisée, bien qu'elle a évoluée par rapport aux années précédentes. Il n'y pas beaucoup de modèles de réussite visible pour la société, seule possibilité qui contraindrait celle-ci à changer son regard sur le metier d'artiste. Malgré les noms de réussite artistique et sociale, tels que Djamal, Talino, Achile, Vangdar, Tidjani, Mariam, Massingo, Mounira, Tobio Hyacinthe, Keiro, Ngaradé Diégo, Kevin Hadre Dounia, Sultan, Alkanto....,quelques groupes (compagnies, orchestres ou opérateurs culturels) tels que : Tibesti, kadja-kossi,THEMACULT, Soubiana, Jeunes Tretaux, RECAF, pour ne citer que ceux qui vivent au pays, et toutes la nouvelles génération qui montent, il est toujours très difficile d'enléver de la tête des tchadiens le mot “DOUKOU”.
Parailleurs, il y a un manque de concertation/communication (Pas de cadre de discussion) entre les artistes, acteurs culturels et les différents projets/fonds mis en place actuellement pour soutenir les initiatives artistiques et promouvoir la culture au Tchad. Pire, la Coordination Nationale des Artistes Tchadiens (CONAT), cette plate forme qui se positionnait , il y deux ans comme structure faitière et interlocuteur pour le gouvernement et les partenaires du secteur est presque agonisante. Les organisations corporatistes, elles aussi se touveraient dans la même situation.
Il y a un vrai problème de diffusion et de distribution des oeuvres produites. Lorsqu'un artiste sort un disque au Tchad, il n'y a pas suffisamment de promotion autour pour créer l'évènement, pas de reseaux de distribution organisé, ni de bon producteur pour orchestrer la mise sur le marché.
On note quelques types d'activités ou projets développés par les acteurs, chacun exerçant bien souvent avec une certaine polyvalence : l'accompagnement d'artistes, la production discographique,la formation à la pratique artistique, l'administration de festival, la direction de lieu de diffusion, l'organisation d'évènement, le maquetage, l'enregistrement musical, la réalisation cinematographique, l'information culturelle en radio...
mais en quantité-qualité très infimes et très inégales. Et dans une organisation économique, administrative et juridique très informelle.
Pour finir, l''attitude du public N'djaménois dans les concerts n'a pas évoluée. Toujours très peu participatif (nombreux mais passif).
Enjeux généraux par rapport au secteur
Ce qui pourraient être les enjeux et orienttaions d'un plan de développement durable du secteur au Tchad
Contribuer à l'affirmation de nouvelles esthetiques propres à la jeune génération des artistes tchadiens contemporains. Il n'y a pas de développement possible sans une signature forte. L'artiste doit savoir s'affirmer et se differencier pour savoir se vendre et s'exporter aux yeux de ses voisins, comme à ceux du monde entier. Il est donc prioritaire de s'interresser aux moyens et aux conditions qui permettront ou freineront la création et la production artistique.
Contribuer au développement d'un marché économique susceptible de faire co-exister les artistes et les professions périphériques au métier d'artiste. Il n'y a pas de survie possible pour l'artiste si son environnement n'est pas favorable à son existence. Son activité n'a d'avenir que si elle génère de la richesse, notamment économique. Paradoxalement, c'est cette même richesse qui permet de faire exister tout un corpus de metier périphériques; mais c'est aussi aux acteurs de ce metiers qu'il incombe de s'organiser et de se structurer, pour rendre le secteur prospère, productif, et visible en tant que tel aux yeux d'une société.
Objectifs opérationnels
L'évolution d'un secteur ne se décrète pas de manière autoritaire, en tout cas pas dans une une économie régie par la lois du marché. Un Etat ou des institutions internationales peuvent dans l'absolu reguler, influer sur son fonctionnement. Il appartient néamoins à la société civile, donc aux acteurs du secteur, de declencher, de porter tout procéssus de changement, en se positionnant comme interlocuteurs de poids, vis à vis des autres pouvoirs en place. Pour le secteur culturel tchadien, quatre points attirent mon attention.
Accroitre les moyens de créations et d'experimentation chez les artistes
Il s”agit de travailler sur les condition de l'innovation et de l'apparition de la singularité.
Avant de se reveler créative, une signature doit parcourir un certain trajet, jalonné de recherches, de prises de risque, d'exigences de qualité. Elle y parviendra d'autant mieux si elle a su digérer son héritage culturel, et si elle peut accéder sans obstacle a des expériences nouvelles
Qualifier les compétences et les pratiques professionnelles du secteur chez les opérateurs/promoteurs culturels
Les métiers du secteur sont multiples, à chaque maillon de la chaine : Création, pré production, production, diffusion, commercialisation... Ils s'exercent avec une certaines polyvalence, notamment dans les économies dites “informelles”. Savoir definir quel est son propre champ de compétences/d'action, choisir le bon équilibre entre polyvalence et sa spécialisation, développer “une culture des métiers de la culture”, sont des qualités importantes pour savoir travailler avec d'autres interlocuteurs de manière professionnelles.
Développer les pratiques de travail en réseau chez les artistes et chez les opérateurs culturels
Dans une économie globalisée et dématérialisée, il est de plus en plus vital de développer ses propres moyens de survie et de prendre conscience que ces moyens passent notamment par une attitude de travail collaborative : utiliser/générer en tous sens et sans hiérarchie aucune, des flux d'information susceptibles de déclencher des activités économiques.
Stimuler et accompagner la création des entreprises du secteur
C'est partir du principe qu'une activité organisée et structurée, contribue à organiser et structurer un secteur. L'entité qui porte cette activité, génère et reçoit des flux économiques . Pour pouvoir exister, l'entité-entreprise est interdependante des autres entreprises du secteur. Le secteur sera d'autant plus dynamique si les entreprises qui le composent, s'y trouvent en quantité et qualité suffisante
Cela dit, le terrain tchadien est encore vièrge, mais il faut le voir comme une opportunité à saisir pour y développer des initiatives.
Au prochain dossier, nous parlerons de la marginalisation du secteur et le manque des compétences
Djoubana Koublengar Anicet
Administrateur Culturel